Sauvegardes à l’ère de l’IA : un agent a effacé une base de données et ses sauvegardes en neuf secondes
Un agent agit avec les autorisations de la personne qui le lance : une sauvegarde que cette personne peut supprimer est à la portée de l’agent. La corbeille et l’historique des versions n’ont jamais été conçus pour défaire ce qu’un agent fait à la vitesse de la machine.
La publication MC1472007 du centre de messages de Microsoft 365, du 14 septembre 2026, fixe une échéance. Dès le 25 octobre 2026, le chargement de paquets d’agents avancés est activé pour tous les utilisateurs d’un environnement Microsoft 365, sauf si un administrateur a choisi « aucun utilisateur » ou des utilisateurs ou groupes désignés. Un paquet avancé contient un agent doté d’actions ou d’un serveur Model Context Protocol, le mécanisme par lequel un agent appelle d’autres systèmes. Le réglage figure dans le centre d’administration Microsoft 365 depuis le 25 septembre ; sans décision avant le 25 octobre, la valeur par défaut s’applique.
Un agent dans Microsoft 365 est un logiciel qui reçoit un objectif en langage courant et s’y emploie : lire, rédiger et, lorsque ses actions le permettent, créer, modifier et supprimer des données dans d’autres systèmes. Avec un plug-in pour une API – interface de programmation – ou pour un serveur Model Context Protocol, écrit Microsoft, les utilisateurs peuvent demander à un agent de « créer, mettre à jour et supprimer des données et des objets par le biais d’invites en langage naturel ». L’agent agit avec les autorisations de la personne qui le lance. Tout ce que cette personne peut atteindre, l’agent l’atteint aussi.
Un appel d’API de neuf secondes a effacé une base de données et les sauvegardes qui l’accompagnaient
En avril 2026, l’agent de programmation IA d’un petit éditeur de logiciels a rencontré une erreur d’identifiants et a décidé de la corriger. Avec un jeton d’API trouvé dans un fichier sans rapport, il a supprimé par l’API du fournisseur cloud le volume de la base de données de production. Les sauvegardes se trouvaient sur le même volume ; elles ont disparu avec lui. Le fondateur a chiffré l’opération à neuf secondes. Le fournisseur a récupéré les données puis, le 1er mai 2026, a modifié son API : les suppressions de volumes n’y deviennent définitives qu’après 48 heures, comme c’était déjà le cas dans son tableau de bord.
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Tout ce que cette personne peut atteindre, l’agent l’atteint aussi.
L’incident se transpose à tout environnement Microsoft 365. Un outil choisi par l’entreprise a causé les dégâts par une interface sans confirmation.
L’historique des versions et la corbeille de Microsoft 365 ne sont pas une sauvegarde
Microsoft 365 n’inclut par défaut aucune sauvegarde indépendante. SharePoint et OneDrive conservent les éléments supprimés 93 jours. Un administrateur de collection de sites peut supprimer les éléments de la corbeille de second niveau avant ce terme, et une corbeille qui dépasse son quota purge les plus anciens. Microsoft garde 14 jours de plus des sauvegardes de sites, restaurées sur demande au support Microsoft par collection de sites entière seulement. Exchange Online conserve les éléments définitivement supprimés 14 jours par défaut, 30 au maximum.
Au-delà de la limite d’une bibliothèque, les versions sont marquées pour suppression définitive, et cette suppression contourne la corbeille. Microsoft l’écrit dans son forum aux questions : les versions « peuvent également être épuisées en fonction de la limite de version définie par l’administrateur ». Un agent qui enregistre un fichier à répétition peut pousser toutes les bonnes versions hors de portée.
Les sauvegardes doivent rester hors de portée de toute identité qu’un agent peut utiliser
Si un agent, la personne qui le lance ou un attaquant détenant les identifiants de l’un ou de l’autre a le droit de supprimer les données, le même droit peut-il supprimer la copie ? Si oui, la sauvegarde partage le sort des données.
La conception découle de cette réponse :
une copie conservée hors de l’environnement Microsoft 365, sous des identifiants qu’aucune identité Microsoft 365 ne peut utiliser ;
une immuabilité pendant une période définie, afin qu’aucun compte, même privilégié, ne puisse modifier ou supprimer la copie ;
une suppression différée, ou qui exige plus d’une personne, afin qu’une seule identité compromise ne puisse pas vider le dépôt en neuf secondes ;
des points de restauration assez rapprochés pour ne pas perdre les heures entre une modification et sa découverte ; l’intervalle relève de chaque entreprise ;
une rétention assez longue pour détecter des dégâts discrets ;
une restauration à l’élément, délimitée par identité et par fenêtre temporelle, pour annuler tout ce qu’un agent a touché entre deux horodatages sans toucher au reste ; cela suppose des journaux d’audit conservés hors de portée de l’agent ;
une copie des agents eux-mêmes, avec leurs instructions et leurs sources de connaissances, car un agent corrompu ou supprimé est un processus métier perdu.
Les unités de protection de la Sauvegarde Microsoft 365 sont les comptes OneDrive, les sites SharePoint et les boîtes aux lettres Exchange ; les agents n’en font pas partie. Un éditeur tiers a annoncé le 21 juillet 2026, comme une première sur le marché, la sauvegarde des agents Copilot Studio, l’outil Microsoft de création d’agents. Demandez par écrit à votre fournisseur si son outil capture les agents, leurs instructions et leurs sources de connaissances.
Pour le directeur de la FINMA, l’IA peut faciliter l’automatisation et l’extensibilité des attaques
Stefan Walter, directeur de la FINMA, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, a déclaré au Symposium des petites banques, à Berne, le 7 septembre 2026, que l’intelligence artificielle peut soutenir les banques dans la détection des attaques, « tout comme elle peut faciliter l’automatisation et l’extensibilité des attaques ». Un dépôt qu’aucune identité volée ne peut supprimer tient face à l’attaquant comme face à l’agent hors de contrôle.
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Un dépôt qu’aucune identité volée ne peut supprimer tient face à l’attaquant comme face à l’agent hors de contrôle.
Les règles suisses exigent déjà une restauration testée et des pièces lisibles pendant 10 ans
La circulaire FINMA 2023/1, en vigueur depuis le 1er janvier 2024, impose aux banques, aux personnes visées à l’art. 1b de la loi sur les banques, aux maisons de titres, aux groupes financiers et aux conglomérats financiers de mettre en œuvre « des procédures de sauvegarde et de restauration appropriées qui sont régulièrement testées et validées ». Les principales mesures des plans de continuité et de reprise doivent être testées au moins une fois par année, mais les banques et les maisons de titres des catégories FINMA 4 et 5 sont exemptées de cette clause annuelle. Le test qui compte désormais répète un incident d’agent : annuler les actions d’une identité sur une fenêtre donnée.
L’art. 958f du Code des obligations s’applique à toute entreprise : les livres et les pièces comptables sont conservés pendant 10 ans et « leur lecture reste possible en toutes circonstances ». Une sauvegarde qu’un agent peut supprimer, ou qui expire avec une corbeille, ne satisfait pas à une obligation de 10 ans.
Pour une entreprise genevoise, la sauvegarde a sa place en Suisse, sous droit suisse, pour les mêmes raisons que les données en production, exposées dans l’article sur la résidence des données publié en parallèle.
Une sauvegarde de l’ère de l’IA est une décision de conception, et la première échéance tombe le 25 octobre. Inscrivez ce point à votre ordre du jour, nous pouvons vous aider à y parvenir.
Johan Blaix est un stratège en cybersécurité spécialisé dans les menaces émergentes, le risque numérique et l’avenir des infrastructures sécurisées. Fort d’une expérience en opérations de sécurité et de plusieurs années de conseil auprès d’organisations financières, Johan contribue à combler le fossé entre la recherche technique complexe et la réalité stratégique des entreprises. Ses travaux explorent la manière dont les attaquants s’adaptent, comment les défenseurs peuvent garder une longueur d’avance, et pourquoi la résilience compte autant que la prévention.